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Nigeria : Tinubu face à un électorat éprouvé, entre réformes économiques et colère sociale

Publié le : 20/08/2026 à 09:26
Afrique de l’Ouest
Bola Tinubu,

La campagne pour la présidentielle de 2027 s’ouvre au Nigeria sur un constat difficile pour Bola Tinubu : ses réformes ont amélioré certains indicateurs économiques, mais leur coût continue de peser lourdement sur les ménages. Face à lui, une opposition encore divisée devra transformer la colère sociale en véritable alternative politique.

 

Depuis la suppression de la subvention sur le carburant en 2023 et la réforme du marché des changes, le gouvernement de Bola Tinubu défend une politique destinée à assainir les finances publiques, attirer les investissements et stabiliser l’économie. Mais pour une grande partie de la population, la promesse de lendemains meilleurs reste encore abstraite.

 

Dans les marchés, les difficultés sont beaucoup plus concrètes : hausse du prix des produits alimentaires, transport plus coûteux et baisse du pouvoir d’achat. À Ilorin, la commerçante Shukurat Oyedele constate que des clients renoncent désormais à des achats qu’ils effectuaient auparavant. Un seau de 21 litres qu’elle vendait environ 1 500 nairas il y a deux ans coûte aujourd’hui autour de 3 200 nairas, selon son témoignage rapporté par Al Jazeera.

 

C’est précisément là que se joue le pari politique de Tinubu : demander aux Nigérians de patienter pour récolter les bénéfices de réformes dont ils supportent déjà les sacrifices.

 

Le gouvernement met pourtant en avant l’amélioration de plusieurs indicateurs macroéconomiques. Le Fonds monétaire international reconnaît les progrès réalisés en matière de stabilité économique, tout en soulignant que les conditions de vie restent difficiles pour une partie importante de la population.

 

À l’approche du scrutin de 2027, le président devra donc répondre à une question simple mais politiquement redoutable : les Nigérians sont-ils prêts à voter pour des réformes dont les bénéfices restent encore peu perceptibles dans leur quotidien ?

 

À cette pression économique s’ajoute le problème sécuritaire. Banditisme, enlèvements, violences communautaires et attaques armées continuent d’alimenter l’inquiétude dans plusieurs régions. Pour de nombreux électeurs, l'élection ne se résumera donc pas aux chiffres de la croissance ou à la stabilité de la monnaie, mais à une réalité beaucoup plus immédiate : pouvoir se nourrir, travailler et circuler sans craindre pour sa sécurité.

 

L’opposition dispose ainsi d’un terrain favorable pour contester le bilan du président. Mais elle reste confrontée à une faiblesse majeure : son incapacité à transformer le mécontentement populaire en une candidature et une stratégie suffisamment unifiées.

 

Cette fragmentation pourrait jouer en faveur de Tinubu. Même si la colère sociale augmente, elle ne garantit pas automatiquement une alternance. Une opposition divisée risque de disperser les voix tandis que le camp présidentiel conserve une importante machine politique.

 

La présidentielle de 2027 s’annonce donc comme un véritable référendum sur le coût des réformes de Tinubu. Le président devra convaincre que les sacrifices imposés depuis 2023 ne sont pas vains. Ses adversaires, eux, devront démontrer qu’ils peuvent offrir autre chose que la dénonciation de la crise.

 

Au Nigeria, la bataille électorale commence ainsi sur deux fronts : dans les urnes, mais aussi dans les assiettes et dans les portefeuilles.

 

Rédaction

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