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Nigeria : près de 80 % des citoyens jugent le pays sur la mauvaise voie, Tinubu face au verdict de son bilan

Publié le : 19/08/2026 à 08:18
Afrique de l’Ouest
Bola Tinubu, président du Nigeria

Près de 80 % des Nigérians estiment que leur pays va dans la mauvaise direction, selon un suivi électoral cité par Reuters. À l’ouverture de la campagne pour la présidentielle de janvier 2027, Bola Tinubu doit ainsi défendre un bilan marqué à la fois par des réformes économiques majeures, une forte hausse du coût de la vie, une dette en nette progression et une insécurité toujours persistante.

 

Le président nigérian briguera un second mandat face notamment à l’ancien vice-président Atiku Abubakar et à Peter Obi, deux adversaires qui comptent largement s’appuyer sur le mécontentement économique et les problèmes de sécurité.

 

Depuis son arrivée au pouvoir en 2023, Tinubu a supprimé la subvention sur les carburants et procédé à deux dévaluations du naira. Ces décisions ont été saluées par plusieurs investisseurs et partenaires financiers comme des réformes nécessaires pour rétablir les équilibres économiques.

 

Mais leur coût social est devenu l’un des principaux sujets de la campagne. Le prix des produits alimentaires, du transport et de l’énergie a fortement augmenté, tandis que de nombreux ménages peinent à faire face aux dépenses courantes.

 

À Abuja, le boucher Abdullahi Sani résume cette difficulté par l’évolution de son activité : il affirme vendre aujourd’hui deux chèvres par jour, parfois une seule, contre six auparavant. Pour lui, la demande s’est effondrée sous l’effet de la hausse des prix.

 

Les chiffres macroéconomiques montrent pourtant quelques signes d’amélioration. Le gouvernement affirme avoir restauré une partie de la stabilité économique et renforcé l’intérêt des investisseurs. Mais ces progrès restent difficiles à percevoir dans le quotidien d’une large partie de la population.

 

Le PIB par habitant est passé de 2 586 dollars en 2015 à environ 1 224 dollars, selon les données de la Banque mondiale citées par Reuters. Dans le même temps, la dette publique est passée de 12 600 milliards de nairas fin 2015 à 159 350 milliards en mars 2026, soit une multiplication de plus de douze.

 

Le coût du service de la dette devrait atteindre environ 11,6 milliards de dollars en 2026, près de la moitié des recettes publiques prévues et plus du double du montant enregistré en 2025.

 

À cette pression économique s’ajoute l’insécurité. Le gouvernement affirme que les opérations militaires ont permis d’améliorer la sécurité dans certaines zones et de faciliter le retour de certains agriculteurs sur leurs terres.

 

Mais les attaques armées, les enlèvements et le banditisme restent une préoccupation majeure. Amnesty International estime que 10 217 personnes ont été tuées par des groupes armés depuis l’arrivée de Tinubu au pouvoir, tandis qu’environ 15 enlèvements massifs d’élèves ont été recensés sur la même période.

 

Pour une partie des électeurs, le scrutin de 2027 se résumera donc à des questions très concrètes : peut-on encore acheter suffisamment de nourriture, travailler sans être victime d’un enlèvement et vivre dans un environnement plus sûr qu’en 2015 ?

 

C’est précisément sur ce terrain que l’APC, au pouvoir depuis plus d’une décennie, devra défendre son bilan. Tinubu demande aux Nigérians de supporter les sacrifices actuels au nom de bénéfices économiques futurs. L’opposition soutient, elle, qu’après douze années de pouvoir de l’APC, les résultats doivent désormais être visibles dans la vie quotidienne.

 

L’enjeu est d’autant plus important que l’opposition reste divisée. Cette fragmentation pourrait favoriser le président sortant, même dans un contexte où le mécontentement apparaît élevé.

 

La présidentielle de 2027 sera donc moins un simple vote sur Bola Tinubu qu’un véritable jugement sur douze années de gouvernance de l’APC. Pour les électeurs, la question centrale sera de savoir si les sacrifices imposés par les réformes ont réellement amélioré leur vie.

 

Rédaction

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