Depuis la semaine du 19 janvier 2026, les villes de Kalemie et Kongolo connaissent des tensions sociales alimentées à la fois par la dégradation du climat sécuritaire et par la réactivation de la taxe péage-route, mesure largement contestée par une partie de la population.
À Kalemie, les activités commerciales ont repris ce jeudi après deux journées de ville morte décrétées par la Fédération des entreprises du Congo (FEC), section Tanganyika. Cette action visait notamment à protester contre l’installation d’un poste de péage-route à l’entrée de la SNCC, ainsi que contre l’insécurité persistante dans la ville. Arrivé sur place mardi, le gouvernement provincial a engagé des échanges avec les responsables de la FEC, dont les conclusions restent attendues.
À Kongolo, la situation demeure plus tendue. Le 15 janvier 2026, une marche de la société civile dénonçant la réactivation de la taxe péage-route — après près d’une année d’exonération — a été dispersée par la police. Les manifestants pointent l’état de délabrement avancé des routes, malgré la perception régulière de cette taxe censée financer leur entretien.
Le malaise s’est accentué le mardi 20 janvier, lorsqu’un collectif de tenanciers de pharmacies et de vendeurs de carburant a annoncé une grève de 48 heures, du 21 au 22 janvier, sur l’ensemble du territoire de Kongolo. Dans une déclaration faite à une radio locale, ces opérateurs économiques ont affirmé soutenir les revendications de la société civile, estimant subir les conséquences directes de l’impraticabilité des routes, sans percevoir les retombées des taxes acquittées.
La contestation s’est particulièrement cristallisée autour de Mashangao Lugunda Cédric, directeur provincial de la Coordination des péages routiers du Tanganyika, originaire de Kongolo. Des propos critiques, parfois virulents, ont été rapportés à son encontre, traduisant une rupture de confiance entre une partie de la population locale et l’autorité chargée de la mobilisation de cette taxe.
Le contexte apparaît d’autant plus sensible que Mashangao Lugunda s’était illustré, en 2022 et 2023, comme un opposant déclaré à la taxe péage-route, qu’il qualifiait alors d’« extorsion », sous la gouvernance de l’ancienne gouverneure Julie Ngunwa Mwayuma. À cette époque, il était perçu comme un défenseur des intérêts locaux. Nommé récemment à la tête des péages provinciaux par l’actuel gouverneur Christian Kitungwa Muteba, il justifie aujourd’hui la réactivation de la taxe par la nécessité de mobiliser des ressources pour le développement provincial.
« Après une année d’exonération, il est nécessaire que chaque usager contribue à l’effort collectif », a-t-il déclaré.
À l’approche des élections législatives de 2028, auxquelles Mashangao Lugunda, candidat malheureux en 2023, pourrait à nouveau se présenter, ce changement de position l’expose à un défi politique majeur : concilier les exigences de la gestion publique avec les attentes d’une population qui l’avait soutenu pour son opposition à cette même taxe. Pour de nombreux habitants de Kongolo, la question reste posée : répondre aux impératifs de gouvernance ou rester fidèle aux revendications populaires.
Hénnoc Leya Masika, à Kalemie








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