Lubumbashi, 5 août 2025 – Un climat de confusion et d’incertitude s’est emparé de la mairie de Lubumbashi, suite à un incident survenu ce mardi matin à l’hôtel de ville, mettant en lumière une crise institutionnelle de plus en plus visible. Au cœur du problème : deux figures issues du même parti, l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), se disputent désormais l’intérim à la tête de l’exécutif urbain.
Il s’agit de Joyce Tunda Kazadi, maire adjointe nommée par ordonnance présidentielle n°22/238 du 18 novembre 2022, et de Patrick Kafwimbi Mumamba, désigné maire intérimaire par l’arrêté ministériel n°25/CAB/VPM/MININTERSEDECAC/SLBJ/011/2025 du 27 février 2025, signé par le Vice-premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemain Shabani.
Ce mardi 5 août, les agents municipaux ont été témoins d’une scène inédite : l’adjointe au maire, Mme Joyce Tunda, est arrivée à l’hôtel de ville, stationnant son véhicule sur l’emplacement réservé au maire titulaire. Un geste qui n’est pas passé inaperçu. Peu après, Patrick Kafwimbi a fait son entrée, accueilli avec les honneurs militaires, tandis que des agents scandaient Chefu ni moya, (le chef c’est un seul), affirmant ainsi symboliquement la primauté d’un leadership sur l’autre.
Le climat était tendu. Les policiers qui avaient laissé entrer Mme Tunda ont été sommés de fournir des explications, tandis que les regards se tournaient vers les bureaux des deux autorités, dans un silence mêlé de confusion.
Cette scène découle d’un conflit plus profond, devenu officiel depuis la publication, le vendredi 18 juillet 2025, d’une décision du Conseil d’État, qui fait suite à la requête introduite par Mme Joyce Tunda Kazadi. Dans cette démarche, la maire adjointe conteste la légalité de l’arrêté ministériel ayant désigné Patrick Kafwimbi à l’intérim, estimant que celui-ci viole les dispositions réglementaires en vigueur.
En effet, selon Madame Tunda, en tant que maire adjointe nommée par ordonnance présidentielle, elle était la seule habilitée à assurer l’intérim à la suite de l’élection de Martin Kazembe, alors maire titulaire, au poste de vice-gouverneur du Haut-Katanga. Le Conseil d’État lui a donné raison sur ce point, en reconnaissant implicitement que sa destitution ou son remplacement par arrêté ministériel ne respectait pas la hiérarchie normative.
Pour autant, malgré cette décision, Patrick Kafwimbi continue à exercer de facto les fonctions de maire intérimaire, fort du soutien de certaines fédérations locales de l’UDPS et de l’exécution stricte de l’arrêté ministériel en sa faveur.
Le paradoxe de cette crise est qu’elle oppose deux cadres du même parti, l’UDPS, chacun bénéficiant d’un appui politique différent au sein de structures parallèles. Ce bras de fer met ainsi en lumière les fractures internes aux différentes fédérations du parti présidentiel à Lubumbashi, chacune soutenant son propre « héritier politique ».
Au-delà du conflit de personnes, cette crise reflète une lutte de positionnement pour le contrôle des leviers de pouvoir au niveau local, dans une ville stratégique tant sur le plan économique que politique.
Pour de nombreux Lushois, cette querelle jette un flou total sur l’autorité réelle en place à la mairie. Certains services municipaux fonctionnent au ralenti, d’autres ignorent qui écouter entre les deux figures en présence. Le fonctionnement administratif s’en ressent, et la crédibilité de l’institution municipale est affaiblie.
Face à ce désordre, le gouvernement central est attendu pour clarifier la situation, afin de restaurer l’ordre, assurer la continuité de l’administration et rétablir la confiance du public. La cohabitation de deux autorités sur la même chaise ne peut qu’aggraver la tension sociale et entacher davantage l’image de la gouvernance locale.
Pendant ce temps, un document jusque là non officiel, mais devenu viral sur les réseaux sociaux, datant de ce lundi 4 août 2025, alimente davantage le suspense. Il s’agirait d’une convocation adressée à Madame Joyce Tunda Kazadi par le Vice-premier ministre et ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, l’invitant à Kinshasa dans un délai de 48 heures pour des raisons de consultation.
L’authenticité de ce document reste incertaine, mais son apparition dans un contexte aussi tendu soulève des interrogations sur les intentions réelles du gouvernement central. Est-ce le début d’un arbitrage officiel ? Une tentative d’apaisement ou une manœuvre politique pour écarter l’un des protagonistes ? Le mystère demeure.
D’aucuns se demandent : si l’UDPS, parti présidentiel, se dispute déjà sérieusement le fauteuil entre ses propres membres, à combien plus forte raison avec ses partenaires de l’union sacrée ? Répondre qui pourra.
El Boutros Banzaley



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