Paix contre minerais ? Le Professeur Georges Milumbu alerte sur les dérives de l’accord États-Unis – RDC – Rwanda

Kinshasa, 23 juillet 2025 – Dans une interview exclusive accordée à DRC News, le Professeur Georges MILUMBU MULUMBULWA, Directeur pays de Greenpeace Africa, dénonce avec fermeté l’accord signé en juin entre les États-Unis, la République démocratique du Congo et le Rwanda, sous l’égide du Qatar. Derrière le langage diplomatique, cet accord présenterait, selon lui, les signes alarmants d’un troc néocolonial entre la sécurité et l’accès aux ressources naturelles stratégiques.

« C’est un accord présenté comme un progrès vers la paix, mais en réalité, c’est une forme moderne de troc colonial », affirme le Professeur Milumbu. Il souligne que les volets sécuritaires, comme le désarmement, la réintégration des groupes armés ou encore la coordination régionale, masquent mal le cœur de l’enjeu : un accès facilité au cobalt, au lithium, au tantale et au cuivre de la RDC.

« La paix ne peut pas être un marché de dupes au service des puissances minières », insiste-t-il. Pour lui, cette initiative contourne les institutions régionales africaines, ignore les voix des populations affectées par le conflit, et reproduit des modèles d’exploitation brutale déjà dénoncés à l’époque coloniale.

La déclaration de l’ancien président américain Donald Trump, citée sans ambages par Milumbu, illustre cette dérive : « Nous obtenons une grande partie des droits miniers du Congo dans le cadre de cet accord. » Un aveu, selon lui, de la véritable nature du partenariat : « Ce n’est pas un traité de paix, c’est un permis d’exploitation », tranche-t-il.

Le professeur Milumbu alerte également sur le fait que cet accord met à mal la Vision minière de l’Afrique (VMA), portée par l’Union africaine depuis 2009, qui vise à faire des ressources minières africaines un levier de développement durable, de transformation locale et d’industrialisation. « Ce genre d’accord nie les cadres panafricains et réduit nos pays à de simples pourvoyeurs de matières premières. »

À ses yeux, l’absence d’inclusion des communautés affectées et des groupes locaux dans le processus rend cette démarche non seulement injuste, mais potentiellement instable : « Une paix sans justice, sans les voix des déplacés, sans les communautés locales, n’est qu’un habillage diplomatique pour des intérêts étrangers. »

L’inaction des grandes institutions internationales renforce encore les inquiétudes. Le groupe consultatif d’experts de haut niveau des Nations unies, censé encadrer les chaînes d’approvisionnement des minerais critiques pour la transition énergétique, tarde à être mis en œuvre. « Si les Nations unies et l’Union africaine ne jouent pas leur rôle, alors qui protégera les pays producteurs de l’exploitation géopolitique ? »

Dans ce contexte, la présidence sud-africaine du G20 en 2025 représente, selon le professeur, une occasion décisive : « L’Afrique doit reprendre la main sur ses cadres de gouvernance minière. La stratégie des minéraux verts et la VMA doivent être défendues avec fermeté. »

Car pour lui, la souveraineté économique de l’Afrique ne peut être sacrifiée au nom d’une paix conditionnée par les minerais. « La paix ne peut être négociée à huis clos à Washington ou à Doha. Elle doit s’ancrer dans un dialogue régional inclusif, la justice environnementale et la souveraineté économique. »

Et de conclure avec gravité : « La paix n’est pas une transaction. C’est un droit. Elle ne doit pas être assortie de conditions liées au cobalt, au cuivre ou au lithium. »
Rédaction

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