Lubumbashi : que retenir des 100 premiers jours du maire Patrick Kafwimbi Mumamba ?

Cent jours après sa nomination à la tête de la ville de Lubumbashi, l’heure est au premier bilan pour le maire Patrick Kafwimbi Mumamba. Un cap symbolique qui suscite autant d’espoirs que d’interrogations. Malgré quelques efforts notables, de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer une gestion encore en deçà des attentes, marquée par une insalubrité grandissante, une insécurité persistante et le retour en force de certains maux autrefois combattus.

Dans une interview exclusive accordée à DRC News, la femme politique et entrepreneure congolaise Viviane Masengo Esther, présidente interfédérale du parti Mouvement des Congolais Unis (MCU), dresse un constat sans complaisance de la situation.

« À la prise de ses fonctions, nous avons épinglé quelques défis qui l’attendaient. Jusque-là, nous saluons les efforts qu’il tente de fournir, mais la ville de Lubumbashi est loin d’avoir retrouvé sa dignité », déclare-t-elle.

Insalubrité et retour du désordre urbain

Si l’arrivée de Patrick Kafwimbi avait suscité un léger regain d’espoir chez certains Lushois, le constat actuel est amer. En l’espace de trois mois, plusieurs quartiers de la ville sont de nouveau envahis par des montagnes d’immondices. Les caniveaux, bouchés par des déchets plastiques, menacent d’engendrer des inondations à la prochaine saison pluvieuse.

« L’insalubrité est redevenue notre quotidien. La mairie doit agir avant qu’il ne soit trop tard. Curage des caniveaux, gestion des déchets, encadrement des marchés : rien ne semble fonctionner », s’indigne Madame Viviane Masengo.

Les marchés pirates – point noir de la gestion urbaine – se multiplient dans la ville. Les vendeurs s’installent anarchiquement, jetant ordures et restes de marchandises sur la voie publique, au mépris des règles d’hygiène. Pour Mme Masengo, « le maire doit proposer des mécanismes clairs, réalistes et durables pour faire face à cette situation qui ternit l’image de la ville ».

Insécurité : la ville vit dans la peur

Autre préoccupation majeure : la montée de l’insécurité. Le phénomène des enfants de la rue (ou « shégués »), en pleine recrudescence, inquiète la population. Présents de jour comme de nuit dans des coins comme le pont Tshondo, le Zoo de Lubumbashi, le poste, les arrêts Express, Appolo, Camp Vangu ou encore l’avenue de la Révolution, ces jeunes – souvent livrés à eux-mêmes – sont perçus comme une menace potentielle pour la sécurité urbaine.

« Ces enfants deviendront demain de vrais bandits. Il faut agir en amont. À une époque, ils étaient encadrés dans des centres pour apprendre un métier. Aujourd’hui, tout a été abandonné », regrette la présidente interfédérale du MCU.

Plus grave encore, plusieurs habitants interrogés par DRC News déplorent les violences policières et le harcèlement de la population, notamment lors des opérations de lutte contre le marché pirate.

« Du matin au soir, on voit des femmes et enfants pourchassés par des policiers comme dans un champ de guerre. Ce n’est pas ça, gouverner une ville », ajoute Viviane Masengo.

Des marchés sans accès à l’eau potable ni infrastructures sanitaires

À cela s’ajoute une crise d’accès à l’eau potable dans les marchés de la ville. Malgré l’ouverture de nouveaux sites commerciaux, les infrastructures d’assainissement sont insuffisantes, et les conditions sanitaires déplorables. Un autre signe du manque d’anticipation dans la gestion des besoins fondamentaux des Lushois.

Un maire encore en observation ?

Cent jours, ce n’est certes qu’un début. Mais dans un contexte urbain aussi exigeant que celui de Lubumbashi, chaque jour compte. Pour Viviane Masengo, il est encore temps pour le maire de rectifier le tir :

« S’il parvient à suivre l’exemple de certains de ses prédécesseurs, notamment sa prédécesseure Joyce Tunda qui, malgré son intérim, avait posé des actions visibles, il pourra encore se racheter. Mais pour cela, il faut du courage, de la volonté et un vrai contact avec le terrain ».

Nommé par arrêté ministériel n°25/CAB/VPM/MININTERSEDECAC/SLBJ/011/2025 du 27 février 2025, Patrick Kafwimbi Mumamba a officiellement pris ses fonctions en tant que maire intérimaire de Lubumbashi lors d’une cérémonie de remise et reprise organisée le 19 mars 2025 à l’Hôtel de Ville. Un passage de témoin placé sous le sceau de la responsabilité, en présence du représentant du ministère national de l’Intérieur.

Mais aujourd’hui, la solennité de cette investiture contraste avec la réalité du terrain. Après cent jours à la tête de la capitale cuprifère, l’enthousiasme initial a laissé place au doute. Si le maire veut réellement marquer son passage à la mairie de Lubumbashi, il lui faudra rapidement passer de l’observation à l’action, et prouver qu’il n’est pas un gestionnaire de transition de plus, mais un bâtisseur capable de redonner à Lubumbashi son lustre d’antan.

Rédaction DRC News

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